Un réseau réunit un ensemble d’entités, individus ou machines, éloignées les unes des autres par des liens matériels ou immatériels, permettant des échanges d’informations et une mise en commun d’un espace. Ce dernier ne peut exister sans l’utilisateur, producteur et diffuseur de données constitutives de ce réseau. Bons nombres de plateformes sur internet misent tout sur ces données, devenues des denrées pour les compagnies qui les exploitent. Leurs utilisations sont multiples, allant d’OpenStreetMap pour la création de cartes, à Facebook pour son entrée en bourse. Ces données prennent diverses formes et quand bien même certaines sont consciemment déposées par l’utilisateurs, d’autres sont tout simplement captées et stockées dans des bases de données numériques, physiquement présentes sous forme de serveurs.

L’utilisateur participe et déambule dans un espace, laissant des traces, ici et là, à la surface du réseau. Bien que la notion de site fasse référence à une situation géographique et donc géolocalisable, l’écriture et la lecture des données sont généralement datée afin de les inscrire dans le temps. Ouvrir une page sur le net revient à découvrir une durée, une période de l’écriture du réseau, passée, aux temporalités variables. Ce rapport au temps est plus ou moins décelable d’un site à l’autre, mais reste confus, créant l’illusion d’un espace de réactualisation permanente, dans laquelle l’impression de « temps réel » participe à l’immersion de l’utilisateur. C’est comme si nous pouvions à tout moment ouvrir un livre d’Histoire et sentir en nous le pouvoir de modifier ou de rajouter un passage pourtant scellé dans le temps.

L’apparition ou la mise en avant de la TimeLine dans le réseau, témoigne de cette importance du temps, dans la maitrise de l’espace du réseau. L’utilisateur écrit et modifie son histoire. Il peut ainsi remonter le temps et de capter des moments, des successions d’instants. Les serveurs hébergeant toutes ces données sont les mémoires de l’internet passé. Le réseau s’avère être l’historique de lui-même. Et quand bien même, l’utilisateur physique décède, l’immersion dans le réseau laisse apparaître l’ubiquité de la personne qui continue à vivre numériquement. C’est ainsi que les réseaux sociaux continuent d’afficher comme étant actives, des personnes décédées. La position de ces réseaux à ce sujet est plus ou moins connue, certains optant pour la déclaration du décès via un formulaire numérique, afin de rendre immortel l’individu pour « refléter la réalité ».

Capture est une installation mettant en scène cette cristallisation d’instants de captations, dans la création d’un espace indéfini, dépendant des données des utilisateurs. Le système fragmente donc le visiteur en particules d’informations qu’il modifie et réutilise à sa guise. Il les analyse, puis les dispose de manière à recréer des crêtes juxtaposées formant l’illusion d’une topographie. Les distances n’existent pas, seul le temps joue dans cette accumulation de strates. L’impression d’une portion d’espace revient donc à capter un moment du réseau constitué d’une succession de données, une prélèvement d’instants continus ou discontinus dans cette sédimentation d’informations.