L’acte créatif commence au départ par la création, la mise en place ou le choix de cet espace. L’artiste se propose à lui même des conditions spatiales spécifiques de son futur travail. Puis il se met à déambuler et donc à produire une oeuvre. Cet espace est par la suite fixé mais non figé et à mon sens il laisse la possibilité au spectateur de s’immiscer d’une façon ou d’une autre.


Ces questions ont débutées par des réflexions sur le jeu et son ou ses espaces.

L’exemple le plus simple à cet envol vers un ailleurs est celui d’un enfant, jouant sur le bord du trottoir et s’imaginant être un funambule défiant la mort. Ainsi, il ne suffit que d’une fraction de seconde pour que celui-ci bascule de la réalité à un espace mentale autre, imaginaire. C’est généralement à ce moment là que les parents interviennent en ramenant le bambin à la réalité en lui expliquant son insouciance. Nous ne sommes pas étranger à ce phénomène de décollement ou d’absences. Lire un lire, rêver, réfléchir créer ou regarder une création revient à se déplacer dans un ailleurs qui devient pour le coup à ce moment là, le lieu ou nous nous trouvons.

Cette notion de regarder est importante dans l’art. Le regard c’est à la fois notre positionnement physique et critique d’une pièce. L’un de mes projets a commencé par l’élaboration d’un autre regard. J’ai donc trafiqué une webcam que l’on trouve pour 12eu- ros dans le marché et je l’ai modifié de telle sorte que je puisse voir à une échelle inférieure que celle de nos yeux. A partir de ce moment la, je me suis intéressée non pas à la peau mais à ma peau. Et je me suis mis à déambuler à la surface de mon corps.
Dans le cas de ce travail, il est intéressant de différencier celui qui tient la caméra et donc est acteur et sujet à la fois de celui qui ne fait que regarder le sujet sur écran. Le sens du mot écran est à la fois cette surface sur laquelle sont diffusées ou projetées des images mais également l’écran en tant que barrière, obstacle. L’intime revient donc dans ce travail car lorsque je tiens la caméra et que je me ballade à la surface de ma peau, je me place dans ce rapport entre moi ici et moi ici. Le rôle du spectateur n’est pas pour au- tant à écarter car a mon sens si je me ballade et que l’on me suit dans cette ballade, il se joue comme une invitation à la promenade.




Alors on peut se demander pourquoi ma peau. Il se trouve que j’ai à la surface de la peau, un symptôme ou phénomène je ne sais pas, appelée chéloïdes, qui forme au niveau de chaque cicatrice, une boursoufflure par surproduction de cellules, “super-cicatrisation”. Ces endroits me sont parfois douloureux, à d’autres moments me repoussent et il m’est même difficile de les toucher sans faire preuve d’une extrême prudence. L’utilisation de cette caméra m’a permis grâce au changement d’échelle, de me rapprocher et c’est là que l’écran dont je parlais tout à l’heure s’exprime pour moi et mets à distance cette répul- sion. Il m’arrive par moments de considérer ces caméras (d’autres) comme des prothèses. Ainsi, bien que la caméra me montre un autre espace, celui-ci est moi sans être réellement moi.



Expositions

Le chez-soi et l’ailleurs, l’autre côté du rêve, Arteum Musée d’art contemporain, ChateauNeuf-le-Rouge, mai-novembre 2013
Nouveaux Regards, Atelier Cézanne, Aix, octobre 2011
DNSEP, Ecole d’art d’Aix en Provence, Fr, Juin 2011